Sénégal : Malibu Plage, le combat de « Plastic Man » avant les JOJ

Figure connue de la lutte environnementale au Sénégal, Modou Fall, surnommé « Plastic Man », alerte sur l’accumulation des déchets plastiques à Dakar, à l’heure où la capitale s’apprête à accueillir les JOJ. Depuis Malibu Plage, il plaide pour des mesures urgentes de collecte, de recyclage et de réduction des déchets.

À quelques semaines des Jeux olympiques de la Jeunesse (JOJ) que Dakar doit accueillir en octobre prochain, la plage de Malibu, à Guédiawaye, offre ce jeudi matin un visage inhabituellement calme. Quelques éléments de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers veillent sur les lieux, tandis que de rares baigneurs occupent le rivage. Mais pour l’activiste environnemental Modou Fall, alias « Plastic Man », cette tranquillité apparente ne doit pas faire oublier l’urgence : débarrasser le Sénégal de la pollution plastique.

À midi, sous un soleil estival, Modou Fall arrive vêtu d’un ensemble entièrement confectionné à partir de déchets plastiques. Sur sa tenue, un message en grandes lettres : « Ensemble pour un Sénégal propre ». Barbe poivre et sel, lunettes de soleil et béret vert frappé de l’écusson aux couleurs du Sénégal, il porte également autour du cou la médaille de l’Ordre national du Mérite, qui lui a été décernée en août 2016 par l’ancien président Macky Sall.

Ancien militaire, Modou Fall raconte que son engagement environnemental est né au cours de son passage à la frontière entre le Sénégal et le Mali, où il dit avoir été témoin de la dégradation des écosystèmes, notamment à travers la coupe abusive du bois.

« Après mon service militaire, je suis retourné à la vie civile et je me suis dit : pourquoi ne pas partager avec d’autres jeunes l’expérience que j’ai vécue dans l’armée ? », explique-t-il à APA.

Il reconnaît avoir commencé son combat sans connaissances particulières dans le domaine environnemental. « Au début, je ne connaissais rien du tout à l’environnement. Mais c’est la volonté et l’engagement qui m’ont donné la force et la détermination », affirme celui qui revendique aujourd’hui plus de vingt ans de lutte contre la pollution plastique.

« Plastic Man », un surnom devenu identité

Son surnom, devenu indissociable de son personnage public, lui vient d’une rencontre avec la presse américaine.

« Plastic Man, ça vient des Américains, notamment du New York Times, avec qui j’ai eu la chance de faire une interview. C’est là que le nom a commencé », raconte-t-il.

Depuis, les Sénégalais l’appellent « l’homme plastique ». Certains vont jusqu’à le surnommer « Modou Mbous », du nom wolof donné au sac plastique.

Mais derrière le personnage haut en couleur se cache une inquiétude profonde face à l’omniprésence du plastique dans l’environnement.

À Malibu Plage, il montre du doigt les déchets accumulés sur le sable. « Regardez tout ça. Ici, vous pouvez retrouver plusieurs marques. Si vous sortez le plastique, il ne reste presque rien », lance-t-il, en désignant les emballages et bouteilles abandonnés.

Pour lui, le problème dépasse largement la seule question de la propreté urbaine. Les déchets plastiques finissent dans les océans, sont ingérés par les poissons et peuvent ensuite se retrouver dans l’alimentation humaine. Le même phénomène, souligne-t-il, concerne le bétail lorsque les animaux avalent des sacs plastiques abandonnés.

« Tu utilises un sac plastique, tu le jettes. Le mouton ou le bœuf peut le manger très rapidement. Et c’est nous qui allons ensuite manger ces produits », alerte-t-il.

Source : apanews