
Longtemps cantonnée au pompage de l’eau, l’énergie solaire s’impose désormais comme un levier de transformation de toute la chaîne agricole sénégalaise. Dans la région de Thiès, des producteurs et entrepreneurs l’utilisent pour irriguer, conserver et commercialiser leurs récoltes, avec un objectif commun : réduire les pertes post-récoltes et améliorer durablement les revenus agricoles.
Chaque année, une part importante des fruits et légumes produits au Sénégal disparaît avant même d’atteindre les marchés. Récoltes invendues, absence de stockage, difficultés d’écoulement : les pertes post-récoltes amputent lourdement les revenus des producteurs et freinent le développement de toute une filière.
Dans la commune de Darou Khoudoss (Ouest), à une centaine de kilomètres de Dakar, une nouvelle approche tente d’inverser cette tendance. Ici, l’énergie solaire n’alimente plus seulement les pompes d’irrigation ; elle fait désormais fonctionner toute une chaîne allant de la production au stockage, jusqu’à la commercialisation des produits.
À Keur Baye Zale, l’exploitation agricole de Saliou Fall offre un aperçu de cette mutation. Sur les 70 hectares que compte le domaine, 40 sont actuellement mis en valeur grâce à un système entièrement alimenté par l’énergie solaire.
Les pompes d’irrigation et les surpresseurs fonctionnent sans carburant, permettant d’alimenter les cultures en eau tout au long de la journée.
« Toutes les activités sont réalisées grâce à l’énergie solaire. Avec le solaire, nous arrivons à effectuer le pompage de l’eau pour l’irrigation de 9 heures à 18 heures sans problème », explique le président de l’établissement.
Le changement est aussi économique. « Depuis deux ans, je n’achète plus de carburant. Le coût des panneaux solaires est inférieur à ce que je dépensais auparavant en fuel. Aujourd’hui, je ne paie plus que le carburant des véhicules », souligne-t-il.
Au-delà de la baisse des charges, le producteur met en avant la fiabilité des installations « L’entretien n’est pas compliqué et nous ne constatons pratiquement pas d’arrêts liés à des pannes », ajoute-t-il.
L’exploitation produit notamment des citrons, des carottes, des aubergines, des courges ou encore des gombos, destinés aussi bien au marché local qu’à l’exportation.
Le pari réussi de la conservation
Mais produire davantage ne suffit pas lorsque les récoltes ne peuvent être conservées. Pendant longtemps, l’absence de chambres froides limitait fortement les possibilités de commercialisation.
« Avant d’avoir des chambres froides, nous subissions d’importantes pertes parce que nous ne pouvions pas écouler toute la production sur le marché national », raconte Nogaye Fall, responsable du stockage.
Grâce à des chambres froides alimentées elles aussi par le solaire, les produits peuvent désormais être conservés jusqu’à deux semaines avant leur expédition. Cette marge de temps change profondément l’organisation de l’exploitation.
« Le solaire coûte moins cher que le gazole, et l’activité champêtre a permis de créer plusieurs emplois dans la localité », souligne-t-elle.
À quelques kilomètres de là, cette logique est portée à une autre échelle par l’entreprise Socofel, créée par l’ingénieur sénégalais Rasoul Mignane Sarr. Diplômé de l’Université du Havre en France et spécialiste des systèmes industriels, il explique être parti d’un constat simple.
Source : apanews