
À cheval entre l’Afrique et l’Europe, Féenose incarne une artiste dont le parcours épouse deux univers culturels complémentaires. Animée par une profonde aspiration au changement et à l’éveil des consciences, elle fait de la musique bien plus qu’un art : un véritable instrument d’engagement. Nourrie par ses racines burkinabè, l’artiste n’a rien perdu de son attachement à la liberté malgré les deux décennies passées en Allemagne. Fidèle à ses convictions et à sa démarche artistique, elle nous a récemment accordé un entretien au cours duquel elle revient sur son parcours, sa vision du monde et son actualité musicale.
Vous êtes née au Burkina Faso et vivez en Allemagne depuis plusieurs années. Comment ces deux univers culturels façonnent-ils votre identité artistique aujourd’hui ?
Tout d’abord je vous remercie de m’offrir l’opportunité de m’adresser à vos lecteurs. Le fait d’être née au Burkina Faso et de vivre depuis près d’une vingtaine d’année en Allemagne me donne une identité artistique métissée. D’ailleurs, j’ai toujours été une artiste qui a une âme musicale sans barrière. Être à cheval donc entre les deux continents Afrique et Europe, ne fait que renforcer ce choix de ma direction musicale.
Vous dites « avoir le cœur toujours en Afrique bien qu’étant en Allemagne ». Quel est l’éventuel lien de cette affirmation avec votre manière de créer et de faire de la musique ?
Oui, malgré le fait que je vive en Allemagne et que j’en ai également la nationalité, ne m’éloigne aucunement de mes origines et de mon continent africain. Cela se ressent dans ma musique par les instruments traditionnels africains que j’utilise dans certaines chansons. « Renaissance » en est l’exemple d’ailleurs. Aussi, j’écris certaines chansons dans ma langue maternelle qui est le « San ou Samo ». J’ai toujours un clin d’œil qui fait référence à là d’où je viens.
Certaines personnes estiment que votre parcours s’est construit loin des circuits médiatisés donc méconnu. Que leur répondez-vous ?
Ces personnes ont effectivement raison. Je suis méconnue au pays car je l’ai quitté en fin 2005 au moment où je venais de boucler mon 1er album que j’ai sorti quelques années plus tard. Le fait de ne pas être présente sur la scène active musicale burkinabè, entraine l’effet cause à effet de l’invisibilité. Les artistes de la diaspora ont cela comme soucis. J’essaie de faire de mon mieux pour me promouvoir, mais en tant qu’artiste auto-productrice, donc 100% indépendante, il est difficile financièrement de s’affirmer proportionnellement à ceux qui réside au pays, car la musique est budgétivore. Alors je suis reconnaissante quand des médias tels que le vôtre, me donne cette opportunité de me faire entendre, donc de me rendre visible.

Quelles ont été les principales difficultés que vous avez dû surmonter pour rester active et fidèle à votre vision artistique ?
Les difficultés du milieu musical relèvent surtout des finances et ensuite du cercle relationnel showbiz. Aussi en tant que femme, ce n’est pas toujours évident, car certaines personnes pensent pouvoir te mettre dans leur lit, avant de t’accorder une attention. Cela va à l’encontre de mes valeurs. Étant une passionnée de musique, j’y vais à mon rythme et je ne fais que ce que mes finances me permettent, tout en comptant sur les rares belles âmes que je rencontre et qui m’apporte leur aide sous diverses formes : promo, sponsoring…
Vous venez de sortir un nouveau single que vous promouvez actuellement. Quelle est l’histoire derrière cette chanson et quel message souhaitez-vous transmettre au public ?
Mon nouveau single « Renaissance » porte plusieurs messages. Déjà, il faut savoir que pendant une période de 3 ans j’étais dans l’incapacité de me projeter musicalement car je voulais tout abandonner après le décès de ma maman en juillet 2022, puis mon père le 1er juillet 2025 et là ça a été le réveil pour moi. Mes parents ont toujours soutenu ma musique et j’ai ressenti cette force venant d’eux, qui m’encourageait à revenir à la vie. Avec « Renaissance », je renais de mes cendres. Je me rends compte que la vie vaut encore la peine d’être vécue. Malgré les épreuves, je m’accroche et j’avance vers ceux en quoi je crois. « Renaissance » c’est ce message qui t’amène à sortir de ta tristesse, de ta souffrance, de ta solitude pour embraser le courant de la vie et aller de l’avant.
En écoutant votre musique, on perçoit des influences africaines et occidentales. Quels artistes, genres musicaux ou héritages culturels nourrissent le plus votre inspiration ?
Merci de la remarque que vous avez fait concernant ma musique. Oui l’Afrique et l’Occident y sont représentés car pour moi nous évoluons dans un monde métissé culturellement et dans d’autres domaines. Pour moi c’est important de pouvoir être polyvalente et de m’enrichir musicalement parlant de cette multiculture. Les artistes qui m’inspirent sont bien nombreux de Angelique Kidjio à Whitney Houston par exemple ou du groupe de rap IAM à 2Pac. Presque tous les genres musicaux sont une source d’inspiration pour moi, car je puise l’émotion mélodique qui me touche et en fonction de ce que ma chanson raconte, la direction musicale prend forme.

Artiste. Africaine. Vous vivez en Europe. Un contient parfois rempli de clichés. Avez-vous le sentiment d’appartenir à deux mondes ou, au contraire, d’en construire un troisième à travers votre musique ?
C’est vrai que le continent européen où je vis est rempli de clichés, mais celui africain d’où j’ai mes origines en est autant. Sincèrement, je m’écarte de ces visions sociétales et préjugés que les uns portent aux autres et vis-versa. Je me sens en vrai comme une citoyenne du monde qui aimerait tout simplement vivre sa vie et faire sa musique, sans aucun cliché. C’est ce que je tente de faire, alors peut-être cela peut me placer dans le 3ème monde dont vous parlez… mais pour moi je suis juste une citoyenne du monde avec une âme d’artiste.
Après plusieurs années de carrière, quel regard portez-vous sur l’évolution des musiques africaines sur la scène internationale ?
Mes années de carrières musicales à mon avis, n’altèrent pas dans l’avis que je vais donner, par rapport à l’évolution de la musique africaine sur la scène internationale. Le constat que je fais est que la musique de l’Afrique anglophone a une belle place sur la scène internationale, ensuite à mon avis la musique mandingue s’impose assez bien sur certaines scènes internationales. Après on a la musique d’ambiance africaine qui est assez porteuse pendant l’été. Mais parallèlement, je constate que la scène musicale africaine à l’international s’affaiblit en matière de prestance et de moyen financier. Cela amène une moindre visibilité pour les artistes africains en occident.
Au-delà de la chanteuse, qui est Féenose dans la vie quotidienne ? Quelles sont les valeurs, les passions ou les causes qui vous définissent le mieux ?
En dehors de la chanteuse que je suis, je suis une femme spirituelle et engagée humainement parlant par exemple contre l’excision, pour la protection des enfants, intégration des personnes vivant avec l’albinisme etc… Je suis une personne respectueuse mais qui n’a pas sa langue dans sa poche. J’apprécie passer du temps de qualité en famille et avec mes amis. J’adore voyager et découvrir de nouvelles contrées. Je suis une gourmande de nourriture et j’aime cuisiner. Je suis une personne fiable et fidèle mais qui n’hésite point à être clash et refermer la porte quand on me déçoit. Je pense que j’en ai largement dit assez sur ma personne. Le reste c’est aux autres de le compléter, mais je n’accorde plus d’importance à ce qu’on pense de moi, du moment où moi-même je suis en harmonie avec ma personne.

Si un lecteur découvrait Féenose pour la toute première fois à travers cette interview, quelle serait la chose essentielle que vous aimeriez qu’il retienne de vous et de votre univers musical ?
Pour le lecteur qui vient de me découvrir, j’aimerais qu’il retienne que ma musique est polyvalente et métissée et que je suis une personne qui porte en soi l’Amour et la détermination nécessaire pour atteindre mes objectifs. Il ne faut pas baisser les bras si l’échec est présent sur votre chemin, chassez, persévérez et un jour vos efforts seront couronnés de succès et surtout du bonheur mérité. Merci pour cette opportunité que vous m’avez donnée de m’adresser à vos lecteurs. Longue vie à Let’s go media !
Par Serge EKRA