LET’S TALK / PORT AUTONOME DE SAN PEDRO: Lamizana, une vision imprimée sur les quais

À la tête du Port Autonome de San Pedro depuis 2013, Hilaire Marcel Lamizana incarne une gouvernance alliant vision stratégique et rigueur opérationnelle. Sous son impulsion, cette infrastructure clé de l’économie ivoirienne a connu ses plus belles années. Les résultats sont là, éloquents, au point de capter l’attention des plus hautes autorités du pays. Directeur général respecté, il s’impose aujourd’hui comme une figure majeure et incontournable du paysage économique national. Derrière son calme apparent et sa précision d’orfèvre se révèle un véritable artisan de la transformation. Pour nous, il a accepté de lever le voile sur son parcours et sa vision, le temps d’un entretien exclusif.

De façon générale, comment se porte actuellement votre institution ?

Merci pour l’intérêt porté à notre institution, le Port Autonome de San Pedro (PASP), que nous avons la charge de gérer. Aujourd’hui, le Port Autonome de San Pedro se porte bien. Nos indicateurs opérationnels (exploitation portuaire) et financiers se portent mieux, disons sont tous dans le vert.

Quelles ont été, selon vous, les étapes clés de votre parcours ayant conduit à votre nomination en tant que Directeur Général du PASP ?

Il faut dire que nous avons été nommés par décret présidentiel après avoir bénéficié de la confiance des plus hautes autorités. Cette décision a été confirmée par le Conseil d’Administration le 28 février 2013 par la grâce de Dieu.

Mais avant, nous avons été Directeur Financier et Comptable à la Société de Télécommunication Internationale de Côte d’Ivoire (INTELCI), à l’Office Nationale de Télécommunication (ONT) et au Port Autonome d’Abidjan et Directeur Général Adjoint du Port Autonome d’Abidjan. Nous avons aussi passé une brève carrière à l’internationale.

Le trafic de marchandises du Port Autonome de San Pedro est passé de près de 1,2 million de tonnes en 2010 à plus de 7 millions de tonnes en 2024, soit une progression de 501%. Que vous inspirent ces chiffres ?

Précisément, les derniers chiffres à fin 2024 indiquent 7 401 713 tonnes de trafic de marchandises, soit une hausse de 501% par rapport à celui de 2010 (1 231 949 tonnes).

Ces chiffres témoignent de façon claire, un accroissement spectaculaire. Le Port de San Pedro s’impose progressivement comme un acteur logistique majeur au service d’une économie en croissance.

C’est le fruit d’une politique dynamique volontariste de diversification des trafics qui enregistre aujourd’hui trois types de trafic au-delà du million de tonne : trafic des produits cimentiers, trafic de cacao et dérivés et trafic de minerais (nickel, manganèse et fer).

Monsieur le Directeur vous accordez une importance particulière aux ressources humaines. L’institution que vous dirigez affiche d’énormes projets structurants dans ce sens en ce qui concerne votre responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

Effectivement, nous avons placé le capital humain au cœur de notre stratégie à travers un management participatif et une approche managériale, caractérisée par la planification stratégique. Nous continuons de nous atteler à l’amélioration des conditions de travail et du bien-être du travailleur.

  • la mise en place d’un Fonds Commun de Placement (FCP) ;
  • l’amélioration des conditions de rémunération ;
  • la certification du PASP aux normes QSE (Qualité Sécurité et Environnment) ;
  • l’amélioration du système sanitaire (assurance maladie portée à 90% plateau technique et ambulance).
  • la mise en place d’un projet immobilier au profit du personnel.

Par ailleurs, les actions menées par le PASP dans le cadre de l’intensification de l’action sociale et de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) sont au-delà du milliard de franc CFA, en cumul, sur les dix dernières années.

Depuis toujours l’on a considéré le PASP comme exportateur uniquement de cacao. Et pourtant San Pedro va bien au-delà Monsieur le Directeur. Et comment parvenez-vous à attirer davantage d’armateurs et de clients ?

Au vu du potentiel de l’arrière-pays et de l’hinterland du Port de San Pedro qui est riche en ressources agricoles, forestières et minières nous avons procédé à l’élaboration et la mise en œuvre d’une nouvelle politique commerciale par filière de produits pour diversifier davantage le trafic global de marchandises.

Trois (03) filières de produits ont été retenues : i) la filière à consolider avec les produits traditionnels. en l’occurrence, le cacao, le caoutchouc, l’huile de palme, les produits cimentiers (clinkers, gypse, laitier, calcaire), le blé, le bois, … ; ii) la filière à animer composée de marchandises en transbordement ; iii) la filière à investir constituée de nouveaux produits (coton, cajou, engrais, minerais, …).

À cette stratégie commerciale, et à l’effet d’attirer davantage de clients et d’armateurs au Port de San Pedro nous avons pris des mesures incitatives et défini un mode opératoire approprié à la priorité d’accostage des navires en vue d’optimiser l’occupation des quais, l’exploitation des terre-pleins et la réduction des temps d’attente en rade. Dans cette même logique, des fenêtres d’accostage ont été accordées aux principales compagnies maritimes régulières au Port de San Pedro.

Enfin, les procédures administratives ont été accélérées avec les outils de dématérialisation, numérisation et digitalisation. Ce qui a contribué à attirer et fidéliser davantage de clients et armateurs au Port de San Pedro.

Monsieur le Directeur, le PASP ne tarit pas de collaborations au niveau international. Qu’en est-il de vos coopérations, de vos partenariats techniques et financiers ? 

Les relations continuent de se raffermir avec les bailleurs de fonds locaux et internationaux.  

Au niveau technique, des accords de partenariats ont été noués notamment avec le Port d’Anvers-Bruges International (Belgique), le Port d’Amsterdam (Pays-Bas), le Port Autonome de Conakry (Guinée), le Port Autonome de Douala (Cameroun), le Port de Miami (USA) ainsi qu’avec des structures nationales (Observatoire de la Fluidité des Transports, Office Ivoirien des Chargeurs, Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire, AFRIQUE PESAGE CI, SODEXAM, …). Ces relations ont été consolidées avec des bailleurs de fonds.  

De nouveaux accords de partenariats ont été noués notamment avec le Port d’Anvers International (Belgique), le Port d’Amsterdam (Pays-Bas), le Port Autonome de Conakry (Guinée), le Port Autonome de Douala (Cameroun), le Port de Miami (USA) ainsi qu’avec des structures nationales (Observatoire de la Fluidité des Transports – OFT, Office Ivoirien des Chargeurs – OIC, Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire – CCI CI, AFRIQUE PESAGE CI, SODEXAM, …).

Les principaux axes de ces accords de partenariats et de coopération au service du développement portuaire ont porté, entre autres, sur :

  • la mobilisation des ressources financières ;
  • les projets de développement ;
  • les relations commerciales ;
  • la promotion des opportunités d’investissement ;
  • le développement durable et la promotion des énergies renouvelables appliquées aux activités portuaires ; 
  • l’exploitation portuaire ;
  • la fluidité des corridors ;
  • la gestion des questions environnementales ;
  • la sûreté et la sécurité portuaire ;
  • la formation et le renforcement des capacités ;
  • la gestion du domaine portuaire, des infrastructures et équipements ;
  • la gestion des systèmes d’information portuaire ;
  • l’assistance technique et les services de consultance ;
  • les études sur les projets portuaires et locaux ;
  • le transfert d’expériences et de compétences.

Votre vision a permis que le PASP engrange aujourd’hui d’importants résultats d’où aujourd’hui son statut de port d’intégration. Comment comptez-vous les préserver en vous projetant à l’horizon 2050 ?

Notre vocation originelle de port intégrateur se conforte. En effet, en plus de l’économie Ivoirienne, nous touchons aujourd’hui les économies de quatre autres pays à savoir : le Mali ; la Guinée Conakry ; le Liberia et le Burkina Faso. Nos échangent se densifient avec ces différents pays à travers le trafic de marchandises en transit.

Nous renforcerons cette intégration avec la mise en œuvre de notre nouveau programme d’extension et de modernisation issu du schéma directeur de développement du Port de San Pedro à l’horizon 2050.

Avec l’évolution rapide des technologies, quelle place occupe la digitalisation dans la gestion du port ?

Le PASP a mis un accent particulier sur la dématérialisation, la numérisation et le digital qui sont devenus d’ailleurs des éléments de compétitivité portuaire. Pour le matérialiser, un schéma directeur des Systèmes d’Information est élaboré et mis en œuvre.

Le traitement de la quasi-totalité des opérations d’exploitation et de gestion au PASP se fait désormais à travers nos outils de dématérialisation, notamment les ERP Métier et Gestion, le Système d’Information Géographique (SIG), …

Après plus d’une décennie à la tête du port, avez-vous été confronté à des difficultés particulières ? Si oui, lesquelles ?

Les difficultés se rencontreront. Il suffira de les résorber progressivement à travers notre capacité de résilience. Et au Port Autonome de San Pedro, nous avons la stratégie nécessaire et les Hommes pour cette grande résilience.

En effet, face aux différentes crises sanitaires (Ebola et Covid19), des dispositions particulières ont été prises pour assurer la continuité de l’exploitation portuaire.

Quels sont les souvenirs les plus positifs qui vous ont marqué depuis que vous dirigez cette importante infrastructure ?

Les souvenirs sont nombreux. Ils se résument dans la réalisation des records historiques en termes de performances opérationnelles et financières, dans l’amélioration du bien-être que nous essayons de donner au personnel du PASP et dans notre contribution à la dynamique socio-économique de la Côte d’Ivoire et au-delà.

  • l’évolution fulgurante du trafic (marchandises, navires et conteneurs) avec des records jamais réalisés auparavant ;
  • la diversification du trafic marchandises avec de nouveaux produits (noix de cajou, coton, engrais, nickel, manganèse et fer) ;
  • l’amélioration de l’ensemble des indicateurs financiers de l’entreprise ;
  • l’augmentation du nombre d’emplois et des recettes douanières et fiscales de l’État.
  • obtention du 3ème prix de l’Efficacité du Conseil d’Administration, du 1er prix de la Performance Économique et Financière et du Super prix de la Performance et de la Gouvernance des Entreprises Publiques
  • la construction du Terminal Industriel et Polyvalent de San Pedro. 

Fort de votre expérience, quelles sont, selon vous, les qualités essentielles pour diriger efficacement une structure portuaire d’une telle envergure ?

L’écosystème portuaire à ses réalités. Doté d’un leadership avéré, il faut être un stratège fin, avoir une bonne connaissance de l’industrie maritime et portuaire, une capacité à gérer les ressources humaines et les équipes. Il faut être persévérant et rigoureux dans la gestion.  

Quel est le modèle de leadership que vous pensez représentez et quel message avez-vous à l’endroit de la jeunesse ?

A la jeunesse je conseille l’humilité, la détermination, la confiance en soi et en autrui. Je leur dirai d’être perspicace, d’être sensible à l’éthique et à la justice.

Quels sont vos loisirs en dehors du travail, et quelles sont vos passion?

Beaucoup de lecture, de la musique et la méditation. J’aime particulièrement la batterie et la basse. Réussir à se concentrer sur ces deux sons est loin d’être ordinaire. Je suis très casanier et cela peut être interprété autrement.

Êtes-vous marié ? Combien d’enfants avez-vous ?

Je suis marié et père de 03 enfants.

Avez-vous un dernier mot, un message particulier à passer ?

Nous réitérons nos sincères remerciements aux autorités de la Côte d’Ivoire pour la confiance renouvelée. Nous remercions la Communauté Portuaire de San Pedro pour la collaboration et le personnel du Port Autonome de San Pedro pour son abnégation.

Par Serge EKRA