DIASPORA/ DIGITALISATION ET COMMERCE INTERNATIONAL EN CÔTE D’IVOIRE : Une dynamique à renforcer par la diaspora 

Aerial view of cargo ship with cargo container on sea.

Depuis plusieurs décennies, la digitalisation transforme les sociétés et les économies à une vitesse fulgurante. Portée par l’essor des technologies numériques, cette révolution redéfinit les circuits du commerce international, en facilitant les transactions, en automatisant les processus douaniers et en introduisant de nouveaux outils comme l’intelligence artificielle. La Côte d’Ivoire, acteur commercial central en Afrique de l’Ouest, n’échappe pas à cette mutation.

Un système encore largement manuel 

Malgré une dynamique économique soutenue, de nombreux processus liés aux échanges internationaux restent manuels en Côte d’Ivoire. Les opérateurs gèrent encore quotidiennement des documents tels que les factures, déclarations douanières et documents administratifs, souvent sans outils automatisés. Cela engendre des erreurs fréquentes, des délais prolongés et une charge de travail peu productive. Selon des données relayées par Parseur et attribuées à Mely.ai, les taux d’erreur dans le traitement manuel peuvent atteindre 40 %, ce qui accroît considérablement les coûts d’exploitation.

Des solutions locales émergent 

Face à ces limites opérationnelles, des initiatives se développent localement. L’entreprise Française   OPENTRADE AI, par exemple, propose une solution d’intelligence artificielle permettant d’automatiser la saisie et le traitement des documents douaniers, comme les FDI ou les RFCV. Adoptée par plusieurs opérateurs économiques, cette solution contribue à fluidifier les chaînes logistiques et à fiabiliser les estimations des coûts douaniers. Elle s’inscrit dans une volonté plus large de rendre les échanges internationaux plus compétitifs et transparents et d’éliminer les taches superflues.

On peut aussi citer le groupe AGL qui conscient des enjeux de la digitalisation a noué un partenariat stratégique avec CI20, un collège d’entreprises technologiques en vue de bénéficier des innovations. 

Il faut préciser que le développement de ce type de solutions est possible grâce à une volonté institutionnelle qui offre un cadre à la digitalisation documentaire dans le commerce international en Côte d’Ivoire à travers le Guce (Guichet unique du commerce extérieur).

Un enjeu humain : la rareté des compétences 

Pourtant, la réussite de cette transition numérique dépend aussi d’un facteur souvent sous-estimé : les compétences humaines. Le déploiement de solutions technologiques exige des profils qualifiés en data, logistique digitale, cybersécurité, et gestion de projets numériques — des compétences encore rares localement. Ce déficit constitue un frein majeur à la montée en puissance de la digitalisation.

Un levier stratégique : diaspora et repats 

C’est ici qu’intervient un acteur stratégique : la   diaspora ivoirienne   et les professionnels dits “repats”, revenus au pays avec des compétences acquises à l’étranger. Ces profils maîtrisent les standards internationaux, les outils numériques, et les logiques d’intégration technologique. Leur rôle est central pour combler les écarts de compétences, transférer les savoirs et accélérer l’innovation.

C’est précisément la mission que s’est donnée le   réseau cosmopolitain à travers Paribabi, un club d’affaires réunissant de jeunes professionnels francophones d’Afrique et d’Europe. En créant des passerelles concrètes entre les talents locaux et expatriés, Paribabi contribue à la montée en puissance d’un écosystème technologique ivoirien compétitif, ancré dans les réalités du terrain mais connecté aux dynamiques globales.

Conclusion : une opportunité à saisir ensemble

Comme le rappelle l’économiste Carlos Lopes, “la transformation numérique est une opportunité unique pour l’Afrique de surmonter ses défis structurels et d’accélérer son développement économique.” Encore faut-il réunir les conditions d’un passage à l’échelle : infrastructure technologique, cadre réglementaire, financement… mais aussi, et surtout, une   mobilité fluide des compétences   entre le nord et le sud. C’est à ce carrefour — entre ambitions numériques et capital humain transnational — que se joue l’avenir du commerce international ivoirien.

Par Batiste HEINTZ