
La 5e édition du Salon des infrastructures d’Abidjan (SIA) s’est ouverte le jeudi 17 septembre 2026 au Parc des expositions d’Abidjan, autour du thème « Digitalisation, économie circulaire et gestion durable des ressources dans le BTP ». À cette occasion, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a appelé les professionnels des infrastructures à accélérer leur appropriation de l’intelligence artificielle, tout en préservant la capacité de décision humaine. « Nous devons toujours être en avance sur l’intelligence artificielle, parce que l’intelligence artificielle n’a pas de libre arbitre », a déclaré le chef du gouvernement devant les professionnels réunis à l’ouverture du salon.
Pour Robert Beugré Mambé, l’essor de l’IA impose surtout aux ingénieurs, architectes, urbanistes, techniciens et concepteurs de projets de renforcer leur expertise. Il a insisté sur l’importance de la formulation des requêtes adressées aux outils d’intelligence artificielle, estimant que la qualité des réponses dépend largement de la pertinence des questions posées. « L’intelligence artificielle nous engage à poser les bonnes questions », a-t-il relevé.
Le Premier ministre a ainsi invité les professionnels à maîtriser davantage leurs domaines respectifs afin d’utiliser l’IA comme un outil d’aide à la conception, à l’analyse et à la réalisation des projets, sans lui abandonner la décision finale. « Notre combat est là : comment ne pas laisser l’intelligence artificielle prendre son indépendance ? Ou, en d’autres termes, comment notre intelligence va-t-elle devancer l’intelligence artificielle ? », a-t-il lancé.
Le chef du gouvernement a également rappelé que la qualité d’une infrastructure repose sur plusieurs paramètres, notamment la fiabilité des méthodes de calcul, la qualité des matériaux, la rigueur dans la mise en œuvre et l’efficacité du contrôle. Il a encouragé une intégration plus importante de la digitalisation, de la modélisation des informations du bâtiment, des systèmes intelligents de suivi des infrastructures, du recyclage des matériaux et des techniques favorisant la durabilité des ouvrages.
Dans la même dynamique, le ministre des Infrastructures et de l’Entretien routier, Yacouba Hien Sié, a appelé les acteurs du BTP à accélérer l’intégration des technologies numériques et de l’IA à toutes les étapes du cycle de vie des infrastructures, de leur conception à leur maintenance. « L’infrastructure de demain devra être plus intelligente, plus résiliente, plus durable et mieux entretenue », a-t-il déclaré.
Pour le ministre, la transformation numérique constitue désormais un enjeu majeur pour le secteur. Elle doit permettre d’améliorer la conception, la réalisation, le suivi et l’entretien des ouvrages. « Notre défi est clair : construire mieux, entretenir durablement et intégrer l’innovation à toutes les étapes du cycle de vie de nos infrastructures, au bénéfice des populations », a-t-il souligné.
Yacouba Hien Sié a également mis en avant les opportunités offertes par la digitalisation en matière d’accès aux marchés et aux financements. Il a relevé le potentiel de l’économie circulaire pour créer de nouveaux emplois, notamment en faveur des jeunes.
Le gouvernement entend, dans ce cadre, accélérer la maturation des projets bancables, diversifier les mécanismes de financement et améliorer le suivi des partenariats conclus dans le cadre du SIA.
Pour le président du Groupement ivoirien du bâtiment et des travaux publics (GIBTP), Lamine Koné, le secteur est engagé dans un véritable changement de paradigme. Il a identifié la digitalisation, l’économie circulaire et la gestion durable des ressources comme trois leviers majeurs de transformation du BTP.
La digitalisation peut notamment contribuer à réduire les erreurs, les coûts et le gaspillage à travers la maquette numérique, le suivi en temps réel des chantiers et la maintenance prédictive. Lamine Koné a toutefois insisté sur la nécessité d’une transformation inclusive, notamment au bénéfice des PME qui constituent une part importante du tissu entrepreneurial du BTP ivoirien.
Sur l’économie circulaire, il a appelé à abandonner progressivement le modèle « extraire, construire, démolir, jeter » au profit du réemploi et du recyclage des matériaux. Les déchets issus des chantiers peuvent ainsi devenir de nouvelles ressources.
Le président du GIBTP a également plaidé pour une gestion plus durable de l’eau, du sable, de l’énergie, du ciment et de l’acier, en prenant en compte le coût global des ouvrages. Cette approche, selon lui, peut contribuer à réduire les dépenses d’exploitation, à limiter notamment la pression sur le littoral liée à l’extraction du sable et à favoriser le recours aux énergies renouvelables.
Pays invité de cette 5e édition du SIA, la Guinée entend également profiter de la rencontre pour renforcer les opportunités d’affaires avec les entreprises ivoiriennes. Le ministre guinéen des Infrastructures, Faciné Sylla, a invité le secteur privé ivoirien à s’intéresser davantage aux opportunités offertes par son pays dans les domaines de la construction, de l’entretien et de la réhabilitation des infrastructures. Il a présenté la stratégie nationale « Simandou 2040 » comme une ambition visant à doter la Guinée d’infrastructures plus performantes, durables et adaptées aux besoins du pays.
Faciné Sylla a également souligné l’importance du numérique dans la planification de la commande publique et le suivi des chantiers. Il a appelé à favoriser l’utilisation de matériaux locaux, le recyclage et l’intégration des enjeux climatiques dès la conception des ouvrages.
L’économie circulaire trouve également des applications concrètes dans les projets d’infrastructures. Léandre Assié, conseiller de l’administrateur général du Groupe PFO Africa, a cité la réhabilitation de la route PK-109, réalisée notamment grâce au recyclage des couches de base existantes et à l’ajout de ciment. Cette technique permet de limiter l’extraction de nouveaux matériaux naturels et de réduire les coûts liés aux travaux, selon le responsable. Dans le domaine du bâtiment, PFO s’appuie également sur des projets certifiés EDGE, intégrant des dispositifs destinés à réduire la consommation d’eau et d’électricité.
Interrogé sur les critiques relatives à la qualité ou à l’épaisseur des routes, Léandre Assié a expliqué que le dimensionnement d’une chaussée est établi en fonction du trafic et des charges qu’elle doit supporter. Il a assuré que PFO accorde une attention particulière au respect des normes techniques, des procédures et des prescriptions relatives aux différentes couches de chaussée. Pour lui, le respect des épaisseurs prévues dans le dimensionnement constitue un facteur essentiel de la durabilité des infrastructures.
Source : abidjan.net