TECH’NA NOUS / CYBERSÉCURITÉ :  L’IA, arme d’attaque et de défense

Expert reconnu en cybersécurité et transformation numérique en Côte d’Ivoire, Franck Kié a forgé ses compétences aux États-Unis. Notre entretien avec lui a porté sur les enjeux de la cybercriminalité et de la cybersécurité à l’ère de l’intelligence artificielle.

Les acquis de Franck Kié

Franck Kié est titulaire d’un MSc en Cybersecurity, Risk & Strategy de New York University, d’un Master en International Security de l’Université de Warwick, et d’un MBA en Stratégie d’Intelligence Économique décerné par l’École de Guerre Économique de Paris. En 2019, il fonde Ciberobs – Make Africa Safe, une plateforme panafricaine dédiée à la cybersécurité, suivie en 2020 par le Cyber Africa Forum (CAF), devenu un espace stratégique majeur en Afrique. En quatre éditions, le CAF a réuni plus de 6 000 participants de 54 pays et plus de 100 partenaires. Il dirige aussi Ciberobs Consulting, un cabinet panafricain de conseil spécialisé en cybersécurité, gouvernance, gestion des risques et conformité pour les institutions publiques et privées.

La cybercriminalité : un défi majeur

Pour Franck Kié, la cybercriminalité regroupe tous les actes illicites commis contre des systèmes d’information via Internet, allant du vol de données sensibles à la perturbation d’infrastructures critiques, en passant par le sabotage, l’extorsion, l’espionnage et la manipulation de l’opinion publique. Ce fléau est un enjeu stratégique mêlant dimensions économiques, politiques, sociales et géopolitiques.

L’Afrique en première ligne

Avec 1 800 cyberattaques par semaine contre 1 500 ailleurs, l’Afrique est particulièrement exposée. En 2023, les pertes économiques liées à la cybercriminalité ont dépassé 4 milliards de dollars, un chiffre en croissance selon Interpol et la Commission de l’Union africaine. Les secteurs les plus visés sont la finance, les services publics et la santé, en raison de la sensibilité des données et de leur importance économique. « Les cybercriminels ont perfectionné leurs modes opératoires », souligne Franck Kié. Le rapport INTERPOL 2023 révèle que les mafias numériques africaines emploient désormais des outils automatisés, une tendance accélérée par l’intégration de l’IA.

L’IA, arme double : attaque et défense

L’intelligence artificielle accroît les capacités des cybercriminels en automatisant phishing, deepfakes et contournement des systèmes de sécurité. « Les outils d’IA générative facilitent la production de contenus malveillants », précise-t-il. En 2024, plusieurs fraudes contre des institutions financières africaines ont découlé d’emails venant d’IA sophistiquées, difficiles à détecter à cause de leur réalisme et multilinguisme. En parallèle, l’IA renforce la cybersécurité par une surveillance continue, une analyse en temps réel et des réponses automatisées. Cette approche proactive, fondée sur la prédiction des attaques, dépasse les méthodes classiques face à l’évolution des cybermenaces. Selon IBM, l’IA permettrait de réduire de 44 % le coût moyen des violations de données.

La maîtrise de l’IA, un défi crucial

Le développement de l’IA en Afrique se heurte à plusieurs obstacles : gouvernance des données insuffisante, absence de cadres réglementaires robustes, et pénurie de talents qualifiés en cybersécurité. En effet, 72 % des entreprises africaines manquent de ressources humaines pour se défendre efficacement contre les cyberattaques. La cybercriminalité moderne, au croisement des enjeux technologiques, économiques et politiques, exploite autant les avancées que les failles de l’IA. Pour y répondre, une stratégie globale est nécessaire : investissements massifs dans le numérique, régulation harmonisée, coopération renforcée et plan clair pour la cybersécurité et la maîtrise des technologies émergentes en Afrique.

Par Serge EKRA