IMMERSION / PILOTE DE LIGNE : Entre rigueur, altitude et passion

Ce métier d’exception suscite l’admiration et embarque dans son sillage un grand nombre de jeunes et même de professionnels confirmés. Il fait voler bien haut nos imaginaires, tant par l’exigence, le prestige que par les responsabilités qu’il impose. Et puis, nos réflexions finissent toujours par planer autour de cet univers fascinant : celui des pilotes de ligne.

Larissa Akpagni, jeune officier pilote de ligne dans la compagnie nationale ivoirienne a accepté un moment d’échanges avec nous. Elle a débuté sa carrière dans le ciel en tant que contrôleur de la circulation aérienne. Un poste qu’elle a occupé pendant trois ans. Elle guidait les avions dans leurs manœuvres de décollage, d’atterrissage et d’évitement grâce à un canal radio. Cette expérience a renforcé sa passion pour l’aviation. Animée par le désir de piloter elle-même, elle a saisi une opportunité unique : Air Côte d’Ivoire lançait un concours destiné à recruter et former de jeunes Ivoiriens aspirant à devenir pilotes. Larissa a relevé le défi. Aujourd’hui, plus de trois ans après sa première prise de poste dans le cockpit, elle incarne fièrement cette nouvelle génération de pilotes ivoiriens.

Voici la journée type d’un pilote

La journée d’un pilote de ligne commence bien avant son arrivée à l’aéroport. Dès le matin, il reçoit à domicile le dossier de vol, un document essentiel contenant toutes les informations nécessaires au bon déroulement du voyage : conditions météorologiques, plan de vol, éventuelles restrictions aériennes, etc. Une première analyse lui permet déjà de se projeter dans sa mission du jour. Une navette vient ensuite le récupérer à son domicile pour le conduire à l’aéroport. Sur place, il se rend dans les locaux de sa compagnie aérienne où il rejoint son commandant de bord et l’équipage de cabine (hôtesses et stewards). C’est à partir de ce moment que la préparation du vol entre dans sa phase active. Un briefing est organisé afin de passer en revue l’ensemble des éléments critiques : procédures d’urgence, quantité de carburant nécessaire, état de l’appareil, informations techniques spécifiques à l’avion, nombre de passagers, ainsi que les consignes particulières liées à la mission. Rien n’est laissé au hasard.

Une fois les vérifications achevées, l’équipage se dirige vers l’avion. Le plan de vol est inséré dans l’ordinateur de bord et les préparatifs se poursuivent, tant dans le cockpit que dans la cabine, pour accueillir les passagers dans les meilleures conditions. Lorsque tout est prêt, l’embarquement débute. Les portes se referment, une annonce chaleureuse est diffusée, et les pilotes procèdent au décollage. À destination, l’avion atterrit en toute sécurité. Les passagers débarquent après une dernière annonce d’au revoir. L’appareil est ensuite sécurisé. Si aucun autre vol n’est prévu dans la foulée, l’équipage est conduit à l’hôtel pour se reposer. Dans le cas contraire, une nouvelle mission commence immédiatement, et les pilotes reprennent les procédures, animés par le même sens du devoir et de la précision.

Pilote, aptitudes et responsabilités

Être pilote de ligne, c’est avant tout porter une responsabilité immense : celle d’assurer la sécurité des passagers, du décollage jusqu’à l’atterrissage. Pour cela, le pilote doit scrupuleusement respecter les procédures de sa compagnie ainsi que les normes internationales en vigueur. Chaque vol représente une mission à part entière. À bord, deux types d’équipages assurent le bon déroulement du vol : le personnel navigant technique, composé du commandant de bord et du copilote, et le personnel navigant commercial, en charge de la cabine et des passagers. Chacun suit des procédures spécifiques, mais la coordination et la synergie entre les deux équipes sont indispensables pour garantir sécurité et confort à tous les passagers. Devenir pilote exige bien plus que de la passion. Certaines aptitudes sont essentielles et sont évaluées dès le processus de sélection à travers des tests psychomoteurs et psychotechniques. Une excellente santé est également requise : une vue et une audition irréprochables sont impératives. Ce critère élimine malheureusement de nombreux candidats, malgré leur motivation. Au-delà de l’aptitude médicale, un pilote doit faire preuve de rigueur, d’un sens aigu de l’organisation, et d’un attachement constant aux procédures. Le métier exige une discipline stricte, un goût pour l’apprentissage permanent et une volonté de progresser continuellement. Car piloter un avion de ligne, c’est évoluer dans un environnement où la précision et la vigilance ne laissent aucune place à l’improvisation.

Il existe une procédure pour toute situation d’urgence

Tous les avions sont pressurisés afin de garantir un air respirable pour l’équipage et les passagers, notamment à haute altitude. Larissa Akpagni raconte avoir un jour été confrontée à un problème de pressurisation en plein vol. Face à cette situation, la procédure est claire : il faut faire descendre l’appareil à une altitude plus basse, où la pression atmosphérique est compatible avec la respiration humaine. C’est ce qu’elle a appliqué avec sang-froid. Le vol a pu se poursuivre normalement et s’est achevé sans incident. Elle précise que, même si elles sont rares, des situations d’urgence peuvent survenir en aviation. Toutefois, des procédures rigoureuses existent pour chaque type de scénario, ce qui permet de garantir la sécurité de tous à bord.

Le secteur aérien est en plein essor…

 Larissa Akpagni souligne par ailleurs l’évolution notable du secteur aérien en Côte d’Ivoire. Les lignes nationales sont de plus en plus régulières, et les avions affichent souvent complet. De plus en plus d’Ivoiriens choisissent l’avion pour leurs déplacements entre les villes du pays, ce qu’elle considère comme une avancée significative. Elle confie d’ailleurs que la compagnie pour laquelle elle travaille envisage l’ouverture de lignes vers l’Europe et l’Amérique, un signe fort du développement du transport aérien national.

« Il ne suffit pas d’être passionné. Il faut d’abord choisir d’être pilote ».

Être pilote de ligne, c’est bénéficier de nombreux avantages, mais aussi faire face à des contraintes qu’il faut pleinement assumer. L’un des défis majeurs réside dans la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Les exigences du métier, les horaires irréguliers et les fréquents déplacements peuvent créer une forme d’indisponibilité pour les proches. Il faut parfois renoncer à être présent lors de moments importants comme un mariage ou les fêtes de fin d’année. Trouver du temps pour sa famille devient alors une véritable équation à résoudre.

Larissa se souvient avec émotion de son tout premier vol : un trajet Abidjan–Niamey. Une destination symbolique, puisque Niamey est la ville où elle a été formée au métier de contrôleur aérien. Aux jeunes qui rêvent de devenir pilotes, elle adresse un message clair : « Il ne suffit pas d’être passionné. Il faut d’abord choisir d’être pilote. » Cela implique de s’informer en profondeur sur la profession, de suivre une formation rigoureuse, de faire preuve de persévérance, et d’avoir un bon niveau en sciences ainsi qu’en anglais. La discipline, le travail et la concentration sont des qualités essentielles.

Le métier offre de belles opportunités, comme celle de découvrir le monde et de voyager à travers de nombreux pays. C’est une expérience enrichissante et captivante. Mais ce privilège s’accompagne aussi d’inconvénients, notamment le manque de temps à consacrer à ses proches.

Parmi les souvenirs marquants de sa carrière, Larissa partage une anecdote avec fierté : « J’ai eu l’honneur de piloter la Première Dame de Côte d’Ivoire, sur un vol entre San Pedro et Abidjan ». Une preuve de la confiance accordée à son professionnalisme et à son expertise.

Par Serge EKRA