LET’S ECO / VTC, E-COMMERCE, AGROALIMENTAIRE… La nouvelle armature économique du pays

L’économie nationale ivoirienne connaît un essor évident ces dernières années.
Les multiples campagnes de sensibilisation menées par les autorités, ainsi que leurs appels répétés à promouvoir la culture entrepreneuriale, semblent avoir eu un impact significatif sur la jeunesse. Par ailleurs, l’introduction des contrats de Partenariat Public-Privé (PPP) dans le système économique a joué un rôle déterminant.

Ce mécanisme permet à une entité publique de confier à un partenaire privé, dans le cadre d’un contrat de longue durée, le financement, la réalisation et/ou l’exploitation de services ou d’infrastructures habituellement pris en charge par les pouvoirs publics. En contrepartie, le partenaire privé perçoit une rémunération liée à l’atteinte d’objectifs de performance.

Dès 2012, les PPP ont ainsi permis aux entreprises implantées en Côte d’Ivoire d’accéder aux marchés publics. Un peu plus d’une décennie plus tard, cette mesure, devenue un véritable levier de développement, affiche des résultats notables.

Une impulsion nouvelle pour l’investissement local

Cette dynamique a éveillé chez les ivoiriens une volonté accrue d’investir dans leur propre pays, ce qui passe naturellement par la création d’entreprises. Les données issues d’un rapport du Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI) sont révélatrices. Déjà en 2015, 186 sociétés avaient été agréées au niveau national, soit une hausse de 18 % par rapport à l’année précédente, pour un investissement global de 670 milliards de FCFA, en progression de 57 %. Ces investissements ont permis la création de 6 533 emplois, représentant une augmentation de 28 % par rapport à 2014.

Prestations de services : une surprise ? Pas tant que ça

Sur la période 2016-2018, le volume d’investissements effectivement réalisés dans les prestations de services s’élève à 784 milliards de FCFA. Plus de 7 600 emplois ont été créés. Les entreprises agréées ont généré une valeur ajoutée cumulée d’environ 2 000 milliards de FCFA, plus de 280 milliards de recettes fiscales, 26 milliards de cotisations sociales et 194 milliards de recettes douanières au cours des trois premières années d’exploitation. Cette dynamique s’affirme davantage dans certains secteurs clés. Sur la dernière décennie, trois domaines ont particulièrement marqué l’intérêt des ivoiriens. Il s’agit du secteur des Prestations de services qui était déjà en tête avec 47% du volume des investissements. En deuxième est classé le secteur du Commerce avec 28% des investissements. Ce trio de tête est refermé par le secteur des Bâtiments et travaux publics (BTP) qui occupe 23% du volume des investissements en Côte d’Ivoire.

Focus sur un champion des services : le VTC

Dans le secteur des services, le transport en particulier les Véhicules de Transport avec Chauffeur (VTC), occupe une place de choix. Cette industrie a connu un véritable essor à partir de 2015, soutenue par la croissance économique, la stabilité politique, ainsi que l’urbanisation rapide de grandes villes comme Abidjan. Des chiffres soutiennent que la capitale économique avoisine les six millions d’habitants maintenant.

En 2023, le marché des VTC générait un chiffre d’affaires de 15 milliards de FCFA, avec 10 000 conducteurs et 500 000 utilisateurs mensuels.

Le e-commerce a également connu un développement rapide, grâce à la vulgarisation d’Internet dans divers secteurs. Cette évolution a entraîné une augmentation significative du nombre de sites marchands et des volumes de ventes en ligne. Une croissance annuelle moyenne de 11,3 % est attendue d’ici 2027. Fin 2024, le marché du e-commerce était déjà valorisé à plus de 280 milliards de FCFA.

Le commerce, une tradition ancienne mais toujours porteuse

Le commerce, qui représente 28 % des investissements sur la dernière décennie, est un pilier de l’économie ivoirienne, profondément enraciné dans son histoire agricole. Le pays affiche une montée en puissance de son PIB depuis 2020 et figure parmi les économies les plus dynamiques d’Afrique subsaharienne. L’agriculture emploie 70 % de la population active, génère 26 % du PIB et 60 % des recettes d’exportation.

Cependant, le conflit entre la Russie et l’Ukraine a affecté cette dynamique, entraînant une hausse des coûts des intrants agricoles, notamment les engrais.

L’agroalimentaire : un secteur en expansion

Les Ivoiriens se tournent de plus en plus vers le secteur agroalimentaire. En 2022, une cinquantaine d’acteurs animaient ce secteur, générant un chiffre d’affaires de 3 331 milliards de FCFA pour un résultat net de 81,42 milliards, selon Sika Finances. Des groupes comme Sania, Saco et Solibra figuraient déjà parmi les leaders du marché. Cela dit ; le secteur reste toujours dominé de façon remarquable par les produits importés. En témoigne la présence des grosses firmes de distribution dans le pays. D’ailleurs le Gouvernement ivoirien a identifié l’agroalimentaire comme l’une des sept (07) grappes industrielles à développer.  

La restauration : entre tradition et modernité

Le secteur de la restauration connaît également un essor remarquable. Il est vrai que les habitudes alimentaires des ivoiriens sont diverses. La plus célèbre aux lendemains des indépendances était le street-food avec les ventes à l’étalage composé de petits mets rapides qu’on dégustait même débout. Les Shawarma club ont pris le dessus bien plus tard soit au début des années 80, ouvrant ainsi la porte à une autre forme d’industrie gastronomique.  D’après Afriveille, les opportunités dans ce secteur explosent, portées par un tissu urbain en mutation rapide. Selon le bureau ivoirien des statistiques, le secteur a connu une croissance annuelle moyenne de 22 % entre 2014 et 2022. On dénombrait environ 43 000 établissements de restauration (restaurants, maquis et autres cadres rattachés…) à Abidjan début 2020. La dynamique s’est amplifiée avec l’arrivée de chaînes internationales de fast-food comme Burger King et KFC, qui ont fortement contribué à la modernisation du secteur.

Le BTP : moteur de croissance et d’emplois

Le BTP, troisième secteur d’investissement en Côte d’Ivoire, est également le troisième plus gros créateur d’emplois avec une hausse de 10 % par an. Il suit le commerce, qui affiche 31 % en termes de création d’emplois. Le secteur emploie environ 28 000 personnes, dont 83 % dans de grandes entreprises. Autrefois dominé par des acteurs étrangers comme Bouygues (et ses filiales Colas et Setao), Franzetti, ou Razel, le marché est désormais partagé avec des champions locaux comme PFO Africa (leader du secteur), NSE-CI, et La Route Africaine (LRA).

Vers une économie diversifiée ?

Au cours de la dernière décennie, les Ivoiriens, dans leur ensemble, ont manifesté une volonté croissante d’investir dans divers secteurs afin de dynamiser l’économie nationale. Cette mutation profonde est portée par une jeunesse entreprenante ainsi que par des réformes propices à l’investissement. Des domaines tels que les services, l’agroalimentaire, le e-commerce et le BTP jouent un rôle clé dans la croissance économique et la création d’emplois. Cette nouvelle dynamique positionne la Côte d’Ivoire comme un pôle attractif et résilient en Afrique de l’Ouest. Il devient donc essentiel de renforcer un climat favorable à la diversification des investissements. Pourquoi ne pas continuer à afficher cette ambition sur les dix prochaines années et bien au-delà ?

Par Serge EKRA